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Disfonctionnements neurologiques

Neil Harbisson

Neil Harbisson habillé en do majeur

Chez certains individus, l’expérience auditive peut aussi être directement associée à une expérience visuelle: on parle alors de synopsie (une forme de synesthésie). Olivier Sacks mentionne, par exemple le compositeur contemporain Michael Torke, qui aurait dit un jour à sa femme (p 227)  «  »J’adore ce passage bleu. » N’étant pas sûre d’avoir bien entendu, elle lui avait demandé : « Bleu? » « Oui, le passage en ré majeur … Le ré majeur est bleu « . »

Chez Neil Harbisson, c’est une pathologie visuelle, l’achromatopsie, qui l’empêche de voir les couleurs, qui a débouché sur des travaux étonnants. Il a développé en 2003 avec des chercheurs en informatique un dispositif électronique qui se présente comme un serre-tête, avec sur le front une caméra – qu’il appelle un œil électronique – qui détecte les couleurs, les transforme en fréquences (sons) et les transmet à sa boîte crânienne ; il peut ainsi entendre les couleurs. Ceci lui a permis non seulement de remédier partiellement à son handicap mais aussi de développer des transpositions sons-images tout à fait uniques. Pour combiner les couleurs lorsqu’il s’habille, par exemple, il recherche des accords. Le jour de sa conférence TED (TED conference de Neil Harbisson), il était vêtu en do majeur. Et il adapte la combinaison des couleurs à la nature de l’événement. Pour lui, un enterrement appelle plutôt un si mineur qui se traduit en turquoise, violet et orange.

 Regarder un tableau de Picasso, qu’il ne peut voir véritablement qu’en gris, génère grâce à son œil électronique des sons ; il peut donc écouter le tableau. Un visage qui est visuellement beau peut ne pas bien « sonner » et réciproquement. Des ressemblances inattendues peuvent du reste être établies. « Le Prince Charles a quelques similitudes avec Nicole Kidman. Les sons de leurs yeux sont semblables » dit-il.

Après un certain temps, un phénomène d’inversion curieux s’est produit. Neil Harbisson a commencé à voir les sons : la sonnerie de son téléphone sonnait « verte ». Il a alors décidé de peindre certaines musiques. Ci dessous une représentation en couleurs de « La Reine de la Nuit »  de Mozart et de « Baby » de Justin Bieber

Reine de la nuit et Baby

La Reine de la Nuit (à gauche) de Mozart et Baby de Justin Bieber (à droite)

(publié avec l’aimable autorisation de Neil Harbisson)

Et puisque les musiques se peignent, pourquoi ne pas peindre des voix ? Difficile cependant pour un non initié de distinguer dans la figure ci-dessous, la voix d’Hitler (à gauche) de celle de Martin Luther King.

Voix

Les voix d’Hitler (à gauche) et de Martin Luther King (à droite)

(publié avec l’aimable autorisation de Neil Harbisson)


Dans sa recherche et ses expériences, Neil a alors décidé d’aller au-delà du visible et de traduire en sons l’ultraviolet et l’infrarouge. Il se fait maintenant l’avocat de l’extension de nos sens et de nos capacités à percevoir via l’électronique. Il pressent des changements importants dans ce domaine avec la création de cyborgs, dans le XXIème siècle.