Le contexte expérimental
Pour mieux comprendre la manière dont les sujets pourraient associer des images à des mets, j’ai réalisé l’expérience suivante. Dix connaissances âgées de 35 à 70 ans ont été sollicitées. La tâche consistait à associer à 4 zakouskis des images tirées d’un ensemble de dix photos d’œuvres architecturales présentées dans le sud de la France lors du festival des architectures vives (FAV) de 2016 à Montpellier et à La Grande Motte (voir ci-dessus). Comme zakouski, avaient été servis dans l’ordre un toast au fromage de Maredsous, saumon et ciboulette ; un taboulé au jus de carottes, petits pois et crevettes grises; une roulade de blanc de poulet, farcie de chicons au spéculoos et enfin un macaron au foie gras et au coulis de mûres.
L’instruction donnée était de choisir les 4 photos qui se mariaient le mieux avec les 4 zakouskis, les photos ne pouvant être utilisées qu’une seule fois. De plus, j’avais insisté sur l’importance de la séquence des associations. Il importait de rester cohérent dans les liens proposés.
Les résultats
Les résultats observés ont été analysés en profondeur et peuvent être résumés comme suit :
- Premièrement, la diversité des choix opérés est frappante : il ne paraît pas y avoir de consensus sur les séquences d’associations proposées. Même en tenant compte des proximités entre images – calculées à partir d’une extraction de mots visuels – les sujets ne procèdent pas de manière similaire pour associer des images aux zakouskis.
- Deuxièmement, même sans accord sur la séquence optimale ou préférée, certaines photos au moins auraient pu être plébiscitées pour certains zakouskis. Ce n’est pas vraiment le cas : il y a au moins 5 photos différentes pour chaque met ; toutes les photos ont été choisies au moins une fois et la photo 3 l’a été 8 fois. Remarquons cependant, et cela sera commenté par la suite, que 30% des sujets on choisit pour le toast la photo 7, 40 % ont associé au taboulé la photo 3 et 40 % ont associé à la roulade la photo 10.
- En poussant l’analyse, j’ai cherché à mettre en évidence une certaine « rationalité » des choix opérés par les sujets : associent-ils au moins à des zakouskis dont le goût est proche des images qui le sont également ? Pour répondre à cette question, j’ai du définir une distance entre les zakouskis. Ceci a été possible en utilisant une grille ad hoc d’analyse des goûts basée sur des grilles existantes. J’ai pu ainsi d’une part définir un choix optimal en utilisant mon algorithme et étudier les choix des sujets en comparant les distances entre les photos retenues avec les distances entre les zakouskis. Contrairement à ce que fait l’algorithme, la logique des préférences manifestées ne peut être cherchée dans des assimilations de proximité de goûts à des similarités entre les images. Mais ceci n’est pas surprenant étant donné la structure et des mets et des photos présentés. Pour faire bref, on pourrait dire que rien ne ressemblait à rien. Les goûts étaient substantiellement différents et les images aussi. Difficile de mettre en évidence une logique de proximité dans ces conditions.
- Par contre, il n’est pas impossible que certains choix aient été inspirés par des similitudes visuelles entre les photos et les zakouskis : le toast rappelle avec sa forme plate et rectangulaire la photo 7 (choisie par 30% des sujets) et la roulade évoque le cylindre arrondi bien présent dans la photo 10 (choisie par 40% des sujets).