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Expérience boissons-photos

exemple de réponse au test Boissons-Photos

Le contexte expérimental

Une autre expérience a été réalisée pour chercher à mieux cerner les critères utilisés par les sujets pour associer des photos à des saveurs. Le graphique ci-dessus est un exemple de réponse donnée dans le cadre de cette expérience. Pour compléter ou améliorer l’approche utilisée dans l’expérience avec les zakouskis, j’ai décidé de la modifier de la manière suivante :

  • les zakouskis (dont les formes peuvent induire des associations) sont remplacés par des bières ;
  • les bières proposées ont fait au préalable l’objet d’une analyse quantitative basée sur des fiches de dégustation remplies par un zythologue réputé –Christophe Gillard ; elles ont en fait été choisies parmi 20 bières analysées en détail dans un livre sur les bières régionales artisanales. Ceci a permis de sélectionner un sous-ensemble de 4 bières qui s’organisent en terme de distance en deux sous-ensembles assez homogènes : la Rulles Estivale et la Simcoe Lager sont deux blondes assez proches et la Bellevaux Black et la Big Mama Stout deux stouts relativement similaires;
  • les photos sont des photos de poupées prises lors d’une exposition ;
  • les poupées ont également été choisies pour pouvoir épouser la structure géométrique des 4 bières retenues : certains couples de poupées sont proches, d’autres sont plus éloignés.

En résumé, pour éviter d’être confronté à la situation précédente – à savoir à une organisation dans l’espace des zakouskis et des images qui autorisait plus ou moins tous les appariements car les éléments à associer étaient dispersés de manière trop uniforme dans leur espace respectif – j’ai sélectionné les bières et les photos pour rendre les différents mappings très différents en termes de distances des éléments associés. Pour l’écrire autrement, en utilisant toujours les critères présentés précédemment pour évaluer la qualité des associations, certains choix seront nettement meilleurs que d’autres avec les bières et les photos utilisées.

Les 10 photos sélectionnées sont reprises dans la réponse donnée ci-dessus.

Sur base des distances calculées entre les bières d’une part et entre les photos d’autre part, un ajustement optimal peut être trouvé en utilisant mon algorithme. En fait ici, deux associations sont également optimales au sens où je l’ai entendu dans la construction des algorithmes: l’appariement (2,1,3,8) – qui associe la photo 2 à la Big Mama, la 1 à la Simcoe, la 3 à la Bellevaux et enfin la 8 à la Rulles, et l’appariement (3,1,2,8) – qui remarquons-le utilise les mêmes photos. La matrice des distances entre bières est donnée dans le tableau qui suit.

Distances entre bières

Les résultats

Les choix opérés par les sujets paraissent moins hétérogènes que dans l’expérience avec les zakouskis et certaines appariements sont identiques : associer la photo 5 à la Big Mama ou la photo 10 à la Rulles par exemple a été fait par plusieurs sujets. Mais même si certaines photos ont été retenues prioritairement pour certaines bières, les choix opérés restent substantiellement différents ; l’homogénéité observée est légèrement supérieure à ce qui serait observé si les associations étaient aléatoires.

Il est aussi intéressant, compte tenu de l’effet d’amorce observé dans l’expérience avec les zakouskis de s’intéresser au sous-ensemble de ceux qui associent une même bière à une même poupée. Ainsi, 6 sujets ont retenu la photo 5 pour la Big Mama Stout et 8 sujets ont associé la photo 10 à la Rulles. Les choix de ces sujets sont-ils eux plus homogènes ? La réponse est oui, du moins c’est ce qui est observé sur ces deux petits ensembles de sujets.

Les sujets cherchent-ils comme dans l’appariement optimal à associer à des bières similaires, des photos qui le sont également ?Ce n’est apparemment pas le cas pour tous les sujets: 8 sur 13 seulement font des choix qui associent des photos plus proches aux bières proches. Et les choix opérés sont assez différents de ce que propose l’algorithme. Il existe donc des sujets qui ne cherchent pas ou ne parviennent pas à respecter l’ordre des distances – des photos semblables ne sont pas associées à des bières semblables comme cela est fait dans la recherche de l’optimum – ou dont les perceptions de similarités entre bières ou /et entre photos ne correspondent pas à ce qui est mesuré.

En fait, comme pour les tests avec les zakouskis et les bières, différentes logiques pour réaliser la tâche d’appariement paraissent être utilisées. Les commentaires formulés après les tests sont éclairants. « Cette bière est forte et pourrait rendre soul ; je lui ai associé la poupée avec des lunettes de travers qui représente un petit bonhomme un peu éméché » m’a-t-on dit par exemple. Ou encore, le même sujet : « elle est acidulée, un peu féminine ; je lui associe donc une poupée avec une robe ». Une autre personne testée opère de manière un peu plus abstraite : « Si la bière n’est pas trop forte, je cherche des poupées blanches, par contre si elle est corsée, je me tourne plutôt vers des évocations plus sombres, des images d’intestins qui symbolisent la douleur ».